SANS PAYS

Un étourneau tourne au-dessus de nos têtes minuscules.

Il trace des cercles et efface leurs lignes
avant qu’elles ne l’emprisonnent.

Et si au milieu de cette ronde invisible,
nous voyons un cercle,
pour l’oiseau c’est une danse.

Et il plane,
jamais on ne le voit se poser.
Il plane
comme s’il n’allait jamais se poser.

Il emporte notre regard dans ses yeux,
survole nos villes, nos terres, nos magnifiques et minuscules pays, si lointains, si étranges, si étrangers.

Autour de nous,
les étourneaux tournent et dansent et nous emportent dans leur danse.
Et nous dansons avec eux, là-haut, au-dessus de nos minuscules pays.

Nous voyons les cicatrices d’une terre blessée,
lacérée par les hommes
et leurs petites guerres sanglantes.

NOUS SOMMES LA MATIÈRE VENUE DE PARTOUT.
COMMENT POUVONS-NOUS ÊTRE DE QUELQUE PART?

Nous sommes ici,
indiscutablement,
arrivant de tous les coins de l’horizon,
célébrant chaque horizon.

Nous sommes ici,
célébrant ce lieu,
n’en célébrant aucun,
célébrant tous les lieux,
dressant le drapeau du non-pays
dont nous approchons sans fin.

Et nous atteignons de la fin de nos certitudes,
réchauffés par la lumière du doute.
Quand autour de nous brille
la lumière de l’Autre,
de l’inconnu, du jamais-vu,
et l’éclat furtif de l’univers brut.

Nous approchons de la fin de notre petit monde,
brisé contre le rivage,
empli de ce que sera demain, sans fin.

Là, s’échouent nos pays,
nos frontières s’estompent,
se fondent à d’autres pays,
sans fin.

Un pied sur le sable,
l’autre dans l’eau,
curieux,
puis assoiffé de nouveaux parfums,
de nouvelles lumières
baignant pour la première fois
des endroits inconnus
où, partout, chacun grandit, s’élève et rayonne.

Nous sommes comme le sable,
solides ensemble.

Mais chacun de nous,
unique,
est un monde
irréductible,
illimité.

Nous sommes le pays,
la frontière mouvante,
nous sommes le «maintenant»,
nous ne sommes pas l’ «ici».

L’horizon est à nous, comme le ciel aux oiseaux.
Où que nous regardions, nous n’avons rien à garder,
le ciel et la terre resteront.

Ce poème est un manifeste,
un hymne de nulle part.
Ce chant est un manifeste
un hymne de partout.

Nous n’avons pas de pays.

Une voix comme seule force.
Le battement de l’espace tout autour,
nous conjure d’embrasser ses courbes,
d’occuper ses moindres recoins.
Et nous dansons comme le feu
dans chaque espace vierge.

Nous sommes tous liés pour un instant,
dans une bulle de temps,
captifs,
happés dans une fugue
de magnifiques chevauchements.

Chevauchant les chevauchements.

Loin de nous-mêmes,
loin de la toile
que nous tissons,
loin de nos cages dorées,
nous fuguons.

Libres,
happés dans une fugue
de magnifiques chevauchements,
dans une forêt de vide.

Devant se dressent des murs,
nous voyons à travers
ces murs poreux,
ces barrières de dentelles.

Nous sommes comme le courant
qui n’a pas de pays,
comme le vent n’a pas de pays,
les odeurs n’ont pas de pays,
les oiseaux n’ont pas de pays.

Nous lançons nos pensées,
hors du pays,
loin de nos liens,
nous brisons nos attaches.

Nous n’avons pas de pays.
Et si nous avons un,
il n’a pas de nom.

Le nom d’une chanson oubliée,
un mot perdu,
le nom des déserts.

Aussi grandes que nous,
aussi rondes que la terre
aussi vastes que le ciel,
nos frontières sont nos pensées.

AUCUNE SÉPARATION N’EXISTE

Convergeant vers nous.

Mon pays est ton épaule,
ton regard bienveillant.
Mon pays est dans chaque sourire.

Notre pays est dans chaque sourire.

AUCUNE SÉPARATION N’EXISTE

Notre pays est dans chaque sourire,
dans l’art qui s’éveille,
sous le ciel de chaque automne
et dans tous les printemps.

AUCUNE SÉPARATION N’EXISTE

Nous sommes comme le courant
qui n’a pas de pays,
comme le vent n’a pas de pays,
les odeurs n’ont pas de pays,
les oiseaux n’ont pas de pays.

Nous lançons nos pensées,
hors du pays,
loin de nos liens,
nous brisons nos attaches.

Nous n’avons pas de pays.
Et si nous avons un,
il n’a pas de nom.

Et nous atteignons notre mue,
abandonnons notre peau morte,
nous partons,
légers comme l’air,
libres comme le vent,
souples comme les flots,
forts comme le courant.

Nous flottons autour de nos vieux drapeaux,
flottons tout autour
immobiles,
derrière eux.
Nous flottons,
immobiles, derrière.

Notre drapeau est le ciel,
notre drapeau est bleu,
tacheté de blanc,
parfois tissé de tous les gris.
Tissé de toutes les larmes,
tissé de tous les chants,
tissé de chacun de nous,
qui flottons autour de nos vieux drapeaux.

Nous n’avons pas de drapeaux.
Nous n’avons pas d’hymne national
mais nous chantons:
«Un seul pays pour tous»

Ainsi nous bâtissons la paix du non-pays.
Nous sommes les gardiens de barrières ouvertes,
les soldats de l’évanescence,
les sentinelles du vide,
ceux du monde intérieur.

L’ÉTHER EST NOTRE PAYS,
LA TERRE EST NOTRE PAYS

Il est bleu,
tacheté de blanc,
fait de tous les gris,
fait de toutes les choses pour chacun de nous.

Nous avons un pays,
le même pour tous.
Un pays
pour tous.
NOUS AVONS UN PAYS

Un pays
avec toutes les océans et toutes les montagnes.

Un pays
où tous les rêves se tissent pour le meilleur.

Un pays
où toutes les larmes s’écoulent dans la rivière du courage,
puis dans l’océan des rêves
puis dans la pluie bienfaisante,
dans son espoir torrentiel.
Un pays
où nous respirons le même air.
Puisse ce lieu commun
devenir un lieu partagé,
un lieu aimé
où tous les rêves seront tissés pour le meilleur.
Entrelacés.

NOUS AVONS UN PAYS,
ILLIMITÉ.
NOUS AVONS UN PAYS,
INDIVISIBLE.
NOUS AVONS UN PAYS
INFINI.
NOUS AVONS UN PAYS,
INVISIBLE.

Puis, ensemble,
nous attendrons patiemment
l’auto-combustion de notre dernier ennemi, pétrifié.
Alors nous volerons,
nous danserons
au centre de ce cercle indivisible,
au-dessus de notre monde invisible.

Un pays
pour tous
ou
pas de pays.

NO LAND (TEXTE ORIGINAL)

Swallows circle above our little heads.

They draw circles that never remain.
Avoiding the lines that would turn into cages.

We stand at the center of this invisible round.
For us it’s a circle,
for these birds a dance.

And they fly
and no one see them land.
They just fly
as if they’ll never land.

And they take our gazes in their view,
overhanging our towns, our fields, our lands,
our splendid and teenie-weenie lands, faraway, odd, old.

All around our heads,
swallows circle and dance and dance around our swirling heads.
We dance around, we dance and circle above our little lands.

We see the wounds
from scarified ground
that men draw for their cockfights.

WE ARE THE MATTER OF ANYWHERE.
HOW CAN WE BE FROM SOMEWHERE?

Now we are here,
indisputably here,
coming from all parts of the horizon,
celebrating each horizon.

Now we are here,
celebrating here,
celebrating nowhere,
celebrating everywhere,
raising the flag of the no-country,
that we’ll reach, endlessly.

We reached the end of our certainty,
warmed by the light of doubt
and all around we can see – shine –
the spark of the Other,
the unknown, the unseen,
a glimpse of the gross sum of everything – shine -.

Here begins the end of our world,
smashed against a shore,
filled by tomorrow’s lack, endlessly.

Here sinks our land.
Our boundaries dim,
fade in to the otherness,
endlessly.

One foot in the sand,
the other in water,
curious
then thirsty
for a change of light,
for a new scented breeze,
for a former sight of a brand new scene
where anyone grows, rises and blooms, anywhere.

We are like sand,
together compact.

Yet each of us,
singular and unique,
each one is a world,
irreducible,
unconfined.

We are the land,
the moving frontier.
We are the now,
we are not the here.

Horizon belongs to us like sky to birds.
Everywhere we turn there’s nothing to retain,
the sky and the earth remain.

This poem is our platform,
a nowhere hymn.
This song is our platform,
an everywhere hymn.

We have no land.

One voice for all strength.
The beat of space all around
enjoins us to hug it’s curves,
to fill it’s virgin recesses.
And we dance like the fire
in it’s virgin recesses.

We are joined just for a while
in a capsule of time,
captured,
caught in a fugue,
in a wondrous overlap.

Hunting for the overlap.

Far from ourselves,
far from the web
that we weave,
our gilded cages,
we leave.

Free,
caught in a fugue,
in a wondrous overlap,
in a forest of gap.

When we see walls,
we see through them,
porous walls,
barriers of lace.

We flow like the current,
it has no land.
Winds have no land,
Scents have no land,
Birds have no land.

We spread our thoughts
out of the land,
far from our strains.
We break our bounds.

We have no land
and if we had land
it would have no name.

The name of the song that we forget,
a lost name,
the name of empty spaces.

As wide as all of us,
as round as earth,
unlimited as sky,
our borders are our thoughts.

THE SPLIT IS ALL FAKE

Gathering towards us.

My land is your shoulder,
your watchful eyes.
My land is in every smile.

Our land is in every smile.

THE SPLIT IS ALL FAKE

Our land is in every smile,
in the awakening of art,
in the autumns of any latitude
and in every spring.

THE SPLIT IS ALL FAKE

We flow like the current,
it has no land.
Winds have no land,
Scents have no land,
Birds have no land.

We spread our thoughts
out of the land,
far from our strains.
We break our bounds.

We have no land
and if we had land
it would have no name.

And we reach the time of our sloughing,
our old skin forsaken.
No longer here.
Light as feathers.
Free from the ground.
Free as flow.
Strong as current.

We are fluttering around our worn flags.
Fluttering around.
Still.
Still in the background.
Fluttering around.
Still.

Our flag is the sky,
it’s blue,
flecked of white,
sometimes made of the all greys.
Made of the all tears.
Made of the all chants.
Made from all of us
fluttering around our fading flags.

We have no flag.
We have no anthems.
But our hymn says:
« Only one land for all of us ».

So we build the peace of the no-country.
We are the guards of open gates,
the soldiers of evanescence,
the keepers of nothing,
the innersiders.

THE HEART IS OUR LAND,
THE EARTH IS OUR LAND.

It’s all blue,
flecked of white,
made of the all greys,
made of the all things for all of us.

We have one land.
For all of us.
One land
For all of us.
WE HAVE ONE LAND

A land
with all the seas and all the mountains.

A land
where all the dreams are woven for the best.

A land
where all the tears flow in the river of courage
then in the ocean of dreams,
then in the long awaited rain,
in its pouring hope.
A land
where we breathe the same air.
Could this common place
become a shared place,
become a cherished place
with all our dreams woven for the best,
interlaced.

WE HAVE ONE LAND,
UNLIMITED.
WE HAVE ONE LAND,
INDIVISIBLE.
WE HAVE ONE LAND,
UNCONSTRAINED.
WE HAVE ONE LAND,
INVISIBLE.

Then, together,
we will patiently wait
the spontaneous combustion of our last enemy, petrified,
while we fly,
while we dance
at the center of an indivisible round,
above our indivisible world.

Just one
for all
or
no land.