No Land 06

Texte intégral de la pièce

D’après le texte original en anglais, écrit par Olivier Mellano, NO LAND //

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SANS PAYS

Un étourneau tourne au-dessus de nos têtes minuscules.

Il trace des cercles et efface leurs lignes
avant qu’elles ne l’emprisonnent.

Et si au milieu de cette ronde invisible,
nous voyons un cercle,
pour l’oiseau c’est une danse.

Et il plane,
jamais on ne le voit se poser.
Il plane comme s’il n’allait jamais se poser.

Il emporte notre regard dans ses yeux,
survole nos villes, nos terres,
nos magnifiques et minuscules pays,
si lointains, si étranges, si étrangers.

Autour de nous,
les étourneaux tournent et dansent
et nous emportent dans leur danse.
Et nous dansons avec eux, là-haut,
au-dessus de nos minuscules pays.

Nous voyons les cicatrices d’une terre blessée,
lacérée par les hommes et leurs petites guerres sanglantes.

NOUS SOMMES LA MATIERE VENUE DE PARTOUT.
COMMENT POUVONS-NOUS ETRE DE QUELQUE PART?

Nous sommes ici,
indiscutablement,
arrivant de tous les coins de l’horizon,
célébrant chaque horizon.

Nous sommes ici,
célébrant ce lieu,
n’en célébrant aucun,
célébrant tous les lieux,
dressant le drapeau du non-pays
dont nous approchons sans fin.

Et nous atteignons de la fin de nos certitudes,
réchauffés par la lumière du doute.
Quand autour de nous brille la lumière de l’Autre,
de l’inconnu, du jamais-vu,
et l’éclat furtif de l’univers brut.

Nous approchons de la fin de notre petit monde,
brisé contre le rivage,
empli de ce que sera demain,
sans fin.

Là, s’échouent nos pays,
nos frontières s’estompent,
se fondent à d’autres pays,
sans fin.

Un pied sur le sable,
l’autre dans l’eau,
curieux,
puis assoiffé de nouveaux parfums,
de nouvelles lumières
baignant pour la première fois des endroits inconnus
où, partout, chacun grandit, s’élève et rayonne.

Nous sommes comme le sable,
solides ensemble.

Mais chacun de nous,
unique,
est un monde
irréductible,
illimité.

Nous sommes le pays,
la frontière mouvante,
nous sommes le «maintenant»,
nous ne sommes pas l’ «ici».

L’horizon est à nous,
comme le ciel aux oiseaux.
Où que nous regardions, nous n’avons rien à garder,
le ciel et la terre resterons.

Ce poème est un manifeste,
un hymne de nulle part.
Ce chant est un manifeste
un hymne de partout.

Nous n’avons pas de pays.

Un voix comme seule force.
Le battement de l’espace tout autour,
nous conjure d’embrasser ses courbes,
d’occuper ses moindres recoins.
Et nous dansons comme le feu
dans chaque espace vierge.

Nous sommes tous liés pour un instant,
dans une bulle de temps,
captifs,
happés dans une fugue
de magnifiques chevauchements.

Chevauchant les chevauchements.

Loin de nous-mêmes,
loin de la toile que nous tissons,
loin de nos cages dorées,
nous fuguons.

Libres,
happés dans une fugue
de magnifiques chevauchements,
dans une forêt de vide.

Devant se dressent des murs,
nous voyons à travers
ces murs poreux,
ces barrières de dentelles.

Nous sommes comme le courant qui n’a pas de pays,
comme le vent n’a pas de pays,
les odeurs n’ont pas de pays,
les oiseaux n’ont pas de pays.

Nous lançons nos pensées,
hors du pays,
loin de nos liens,
nous brisons nos attaches.

Nous n’avons pas de pays.
Et si nous avons un,
il n’a pas de nom.

Le nom d’une chanson oubliée,
un mot perdu,
le nom des déserts.

Aussi grandes que nous,
aussi rondes que la terre
aussi vastes que le ciel,
nos frontières sont nos pensées.

AUCUNE SEPARATION N’EXISTE

Nous nous dispersons vers nous.

Mon pays est ton épaule,
ton regard bienveillant.
Mon pays est dans chaque sourire.

Notre pays est dans chaque sourire.

Notre pays est dans chaque sourire,
dans l’art qui s’éveille,
sous le ciel de chaque automne
et dans tous les printemps.

Nous sommes comme le courant qui n’a pas de pays,
comme le vent n’a pas de pays,
les odeurs n’ont pas de pays,
les oiseaux n’ont pas de pays.

Nous lançons nos pensées,
hors du pays,
loin de nos liens,
nous brisons nos attaches.

Nous n’avons pas de pays.
Et si nous avons un,
il n’a pas de nom.

Et nous atteignons notre mue,
abandonnons notre peau morte,
nous partons,
légers comme l’air,
libres comme le vent,
souples comme les flots,
forts comme le courant.

Nous flottons autour de nos vieux drapeaux,
immobiles,
derrière eux.
Nous flottons,
immobiles, derrière.

Notre drapeau est le ciel,
notre drapeau est bleu,
tacheté de blanc,
parfois tissé de tous les gris.
Tissé de toutes les larmes,
tissé de tous les chants,
tissé de chacun de nous,
qui flottons autour de nos vieux drapeaux.

Nous n’avons pas de drapeaux.
Nous n’avons pas d’hymne national
mais nous chantons:
«Un seul pays pour tous»

Ainsi nous bâtissons la paix du non-pays.

Nous sommes les gardiens de barrières ouvertes,
les soldats de l’évanescence,
les sentinelles du vide,
ceux du monde intérieur.

L’ETHER EST NOTRE PAYS,
LA TERRE EST NOTRE PAYS

Il est bleu,
tacheté de blanc,
fait de tous les gris,
fait de toutes les choses
pour chacun de nous.

Nous avons un pays,
le même pour tous.
Un pays pour tous.

Un pays avec toutes les océans et toutes les montagnes.

Un pays où tous les rêves se tissent pour le meilleur.

Un pays où toutes les larmes s’écoulent dans la rivière du courage,
puis dans la pluie bienfaisante,
dans son espoir torrentiel.

Un pays où nous respirons le même air.
Puisse ce lieu commun devenir un lieu partagé,
un lieu aimé
où tous les rêves seront tissés pour le meilleur.
Entrelacés.
NOUS AVONS UN PAYS,
ILLIMITE.
NOUS AVONS UN PAYS,
INDIVISIBLE.
NOUS AVONS UN PAYS
INFINI.
NOUS AVONS UN PAYS,
INVISIBLE.

Puis, ensemble,
nous attendrons patiemment
l’auto-combustion de notre dernier ennemi,
pétrifié.
Alors nous volerons,
nous danserons au centre de ce cercle indivisible,
au-dessus de notre monde invisible.
Un pays pour tous
ou
pas de pays.