Interview d'Olivier Melano

No Land, c’est un hymne anti-identitaire

Interview d’Olivier Mellano, créateur du projet No Land

Le musicien joue samedi aux Rockomotives de Vendôme une pièce composée avec le bagad de Cesson et le chanteur Brendan Perry. La journaliste Aziliz Le Berre de La Nouvelle République est allée à sa rencontre…

Qu’est-ce que No Land ?

« C’est une pièce pour un bagad, ensemble traditionnel breton. Entendre ces ensembles-là, ça m’a toujours fait quelque chose de fort. J’ai voulu confondre mon écriture, entre rock et musique contemporaine, avec cet ensemble. C’est une pièce de 40 minutes, en un seul long mouvement qui passe par plein d’états différents avec la voix de Brendan Perry. Quelque chose qui est de l’ordre de l’hymne, rassembleur, très ouvert, une sorte de grand mouvement. »

A-t-elle été écrite en rapport à l’actualité ?

« J’avais déjà cette idée en tête et l’actualité a un peu rattrapé tout ça, ça résonne d’autant plus fort. Quand j’ai voulu travailler avec un son traditionnel, je me suis d’abord dit que moi, j’avais un problème avec le folklore, la tradition trop renfermée sur elle-même. No Land, c’est résolument un hymne anti-identitaire qui prône l’ouverture à l’autre. Il peut y avoir cet axe politique qui est dans l’actualité, mais il y a aussi un axe humaniste qui déborde de ça. »

Jouer avec ce type d’ensemble a-t-il des limites ?

« L’avantage, c’est la puissance sonore que ça dégage et l’aspect parfois rugueux. Le côté plus compliqué, c’est que ce sont des instruments qui ont une tessiture très resserrée. En même tant, c’est des contraintes que naissent les idées parfois, c’était plus amusant de faire avec cette contrainte-là. »

Vous expliquez avoir créé en ayant la voix de Brendan Perry en tête ?

« J’avais décidé de faire une pièce pour bagad avant de rencontrer Brendan. Après l’avoir rencontré, c’était absolument évident qu’il fallait que je lui demande d’être l’interprète. Je suis vraiment un fan de Dead Can Dance et de ses albums solo, donc j’avais exactement en tête ce qu’il pouvait faire et où ça allait nous emmener. J’ai écrit sur-mesure pour lui. Avec la chance d’écrire avec ce qui est pour moi l’une des plus belles voix du monde. »

Votre texte est assez sombre, on le dirait post-apocalyptique…

« J’ai l’impression d’être optimiste à long terme, mais pessimiste à court terme. J’ai l’impression qu’on vit dans une fin de cycle, que notre civilisation capitaliste est en train de s’auto-dévorer et tant qu’on n’en sera pas sorti, on ne passera pas à autre chose. C’est moins pessimiste que réaliste. La joie de travailler, de créer en ayant conscience de ces choses, elle est plus forte parce qu’on sait où on va, quel ennemi on combat éventuellement. Ça peut se faire positivement, avec enthousiasme et quelque chose qui a à voir avec la rébellion, même si elle n’est pas violente. »

C’est ce que vous aimeriez que le public en retienne ?

« Il y a cette chose de l’ordre de la communion du concert qui est très très fort. Les gens sont ensemble à ce moment. Mais il y a aussi l’idée qu’ils en gardent quelque chose pour la suite, que ça puisse être un souvenir auquel ils peuvent se raccrocher, une énergie. Dans mon travail, j’essaie que ça puisse se rapprocher de cette idée-là. »

Vous jouerez pour la première fois en intérieur aux Rockomotives…

« On a de très bons ingés son et je leur fais confiance. C’est un ensemble qui est acoustiquement assez fort. Les ingés son savent comment faire pour que ce soit beau, puissant, sans que ça agresse. C’est possible, ça va être différent, mais je pense que ça va très bien marcher. »

« No Land » avec Olivier Mellano, Brendan Perry et le Bagad Cesson, aux Rockomotives samedi 29 octobre, à partir de 19 h 30, au Minotaure.

Propos recueillis par Aziliz Le Berre – La Nouvelle République